Sculpteur

Galerie d’Art

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Article de Pierre Vallier

17/09/2018

Nonchalances.

Un voluptueux ! Il a le regard de Picasso. Vous savez, ce regard noir, perçant, aux aguets, étonnamment mobile. Un œil brûlant, inquisiteur, qui détaille sa proie avant de la savourer. Le sculpteur Toros possède ce regard charnel qui est manifestement celui d’un voluptueux. Son œuvre en est fortement imprégnée.

À quelques exceptions près, elle est un hymne à la femme, ardent, chaleureux, amoureux. À propos des femmes de Toros, Séverine Poncet écrit fort justement : « elles sont devenues sensuelles et évocatrices, pour parler d’amour, encore et encore. Toros dit que c’est la clé du bonheur. Mais il dit aussi que pour être heureux, il faut être fou ou être un enfant »…

J’ai connu cet homme il y a plus de trente ans lorsqu’il arrivait à Valence. Il avait déjà l’œil luciférien. Il venait de quitter la pierre pour le métal, et le modelait par le feu et la massette. Entre ses puissantes mains de praticien, le matériau froid devenait docile et chaleureux, prenait des formes épurées, fortes et douces. On avait l’impression que le sang circulait dans ses statues. Dès ce moment, on pouvait pressentir le talent de l’artiste et le devenir de son œuvre.

Après le modeste atelier des débuts à Valence, j’ai revu Toros dans son vaste espace de création à Romans, car l’homme a besoin de monumental. Il a l’idée, le muscle, et le courage qui conviennent pour un tel face à face, un tel corps à corps. Le sculpteur sait dompter l’élément réputé dur, rebelle, peu malléable, et le contraindre, lui imprimer sa volonté, l’amener à chanter son propre credo : la beauté des corps, et singulièrement le corps de femmes.

Place de l’Université : quelques statues sont disposées dehors, à même le sol, comme les Maillol aux Tuileries. C’est ainsi, à hauteur d’homme, qu’elles s’apprécient le mieux. Toros connaît par cœur l’architecture féminine, et voit le port de tête altier, la fausse fragilité de l’épaule, le dôme aigu du sein, la fécondité de la hanche, la nervure des reins, le délié de la jambe. Et le plus admirable c’est que tout cela, bien que ce soit de bronze, de cuivre ou de laiton, s’anime d’une existence quasiment charnelle avec parfois, en plus, une sorte de vie intérieure, et même, j’irai jusque-là, une frénésie de vivre.

Je vous le disais, ce Toros est un voluptueux.



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